Spiritisme et Religions

Posté le: 19 avril 2011, par Alvadero

Le spiritisme n’est pas une religion

(…) En toute religion, il y a le concept de croyance à partir de textes anciens qui n’ont pas toujours une grande valeur historique. En cela la croyance religieuse s’appuie souvent sur le mythe ou la légende. En spiritisme, on ne retient plus que les faits, qui passés au crible de la raison, ont permis de déterminer certains principes qui s’enchaînent et s’imbriquent dans une cohérence, ce à partir de quoi naissait la philosophie spirite, élaborée par Allan Kardec et étayée par des faits expérimentaux. La connaissance supplantait alors la croyance. La divinité n’était plus le Dieu vengeur d’une religion, mais une force originelle dont on pouvait deviner les desseins. L’au-delà n’était plus un lieu mythologique de félicité ou de damnation. Les anges et les démons, passaient de la réalité au symbole, devenant des esprits plus ou moins évolués. Les miracles devenaient des faits médiumniques, attestant de la manifestation des esprits. Jésus n’était plus l’incarnation de Dieu, mais celle d’un esprit supérieur et en même temps médium. La réincarnation devenait un principe universel d’évolution intellectuelle et morale, dans la pluralité des mondes habités.
L’expérience spirite est devenue le support concret de la foi, une foi raisonnée et comprise qui ne fait plus appel au sens du mystère, mais à un enchaînement de principes qui ne contredisent plus les lois de la nature. Toute religion est à un moment donné en contradiction avec les lois de la nature. Le spiritisme ne l’est plus, c’est aussi en cela qu’il échappe à la définition religieuse au profit d’une définition philosophique étayée par des faits scientifiquement analysables. (…)

Le Journal Spirite n°64

Au Vatican, une nouvelle approche…

En 1996, l’Eglise, pour la première fois, reconnaissait la possibilité des contacts avec l’au-delà, par la voix du Père Gino Concetti. Ce frère de l’ordre des Franciscains Mineurs, est un des théologiens les plus compétents du Vatican et commentateur de l’Osservatore Romano, le quotidien officiel du Saint-Siège. Le dialogue avec les défunts n’est plus un péché si toutefois cela se pratique sous « l’inspiration de la foi ». Ce qui fut en d’autres temps considéré comme manifestation subtile d’inspiration diabolique prend une tournure bien différente selon le théologien : «Dieu permet à nos chers défunts qui vivent dans la dimension ultra terrestre d’envoyer des messages pour nous guider en certains moments de notre vie. A la suite des nouvelles découvertes dans le domaine de la psychologie sur le paranormal, l’Eglise a décidé de ne plus interdire les expériences de dialogue avec les trépassés, à condition qu’elles soient menées avec une sérieuse finalité religieuse et scientifique».
Les principes du catholicisme ne sont certes pas oubliés, mais la conception de la vie future s’est quelque peu infléchie. Notons que dans le passage qui suit, l’enfer et le jugement dernier ne sont plus évoqués :
«Tout part de la constatation que l’Eglise est un unique organisme dont Jésus-Christ est le chef. Cet organisme est composé des vivants. C’est à dire aussi bien du peuple des fidèles sur la terre que des trépassés, qu’ils soient les bienheureux et les saints qui sont dans la paix de l’esprit au Paradis, que des âmes qui doivent expier leurs péchés au Purgatoire. Ces trois dimensions non seulement sont unies à Jésus, mais dans le concept de la « communion des saints », sont unis ensemble. Ce qui signifie qu’une communication est possible.»
Selon la doctrine catholique ainsi revue et corrigée : «Les messages peuvent nous parvenir non pas à travers les paroles et les sons, c’est à dire avec les moyens normaux des êtres humains, mais à travers des signes divers : par exemple par les songes, qui parfois sont prémonitoires, ou à travers des impulsions spirituelles qui pénètrent dans notre esprit, impulsions qui peuvent se transformer en visions et en concepts.»
A la question : tout le monde peut il avoir ces perceptions ? Le Père Concetti répond : «Ceux qui captent le plus souvent ces phénomènes sont les personnes sensitives c’est-à-dire les personnes qui ont une sensibilité supérieure à l’égard de ces signes ultra terrestres. Je veux parler des clairvoyants et des médiums. Mais les personnes normales peuvent avoir certaines perceptions extraordinaires, un signe étrange, une illumination soudaine. A la différence des personnes sensitives, elles peuvent rarement parvenir à interpréter ce qui se passe en elles et à intérieur d’elles-mêmes.»
Le théologien pose ensuite quelques gardes fous :
«L’Eglise permet de s’adresser à ces personnes particulières, mais avec une grande prudence et à certaines conditions. Les sensitifs auxquels, on peut demander assistance doivent être des personnes qui mènent leurs expériences, même avec des techniques modernes, en s’inspirant de la foi. Si ces derniers sont des prêtres, c’est encore mieux. L’Eglise interdit tous les contacts des fidèles avec ceux qui communiquent avec l’au-delà en pratiquant l’idolâtrie, l’évocation des morts, la nécromancie, la superstition et l’ésotérisme. Toutes les pratiques occultes qui incitent à la négation de Dieu et des Sacrements ».
Concernant les motivations des fidèles à entreprendre un dialogue avec les trépassés : «Il est nécessaire de ne s’approcher du dialogue avec les défunts que dans des situations de grande nécessité. Quelqu’un qui a perdu dans des circonstances tragiques son père ou sa mère ou son enfant ou bien son mari et ne se résigne pas à l’idée de la disparition. Avoir un contact avec l’âme du cher défunt peut déranger un esprit bouleversé par le drame. On peut s’adresser aux défunts si l’on a besoin de résoudre un grave problème de vie. Nos ancêtres, en général, nous aident et ne nous envoient jamais de messages qui portent atteinte ni à nous-mêmes ni à Dieu».
Le Père Concetti conclut :
«Il ne faut pas jouer avec les âmes des trépassés. Il ne faut pas les évoquer pour des motifs futiles pour obtenir par exemple un numéro du Loto. Il convient aussi d’avoir un grand discernement à l’égard des signes de l’au-delà et de ne pas trop les empathiser. On risquerait de tomber dans la crédulité excessive la plus suspecte. Avant tout, il ne faut pas aborder le phénomène de la médiumnité sans la force de la foi. On risquerait de perdre son équilibre psychique et de sombrer tout à fait dans la possession démoniaque.»

Nous avons là un infléchissement de la doctrine officielle de l’Eglise qui s’accorde avec l’air du temps. En témoigne également l’intérêt de prêtres pour le paranormal, ce que nous avons notamment constaté avec le père Biondi et ensuite avec le père François Brune. Cette évolution n’est certes pas une révolution, car on se garde bien de toucher aux dogmes et aux grands principes. Par exemple, le père Concetti, également interrogé sur l’homosexualité, garde une attitude de rejet, partant du principe que ce serait une défaillance supplémentaire concernant l’éducation des enfants déjà bien mise à mal dans nos sociétés modernes.
Nous sommes évidemment bien loin des grands principes du spiritisme (réincarnation), ce qui au demeurant est bien normal. Mais au moins, cette avancée officielle élimine l’ancien argument selon lequel toute communication ne pouvait être que le résultat d’une empreinte diabolique. (…)

Le Journal Spirite n°64