Spiritisme et société – par Jacques Peccatte

Posté le: 17 octobre 2011, par Alvadero

Si la morale spirite s’applique aux comportements individuels, elle consiste également à se positionner sur le plan des grands enjeux de nos communautés humaines ; nous sommes tous concernés par l’organisation et le fonctionnement de nos sociétés dont les orientations générales posent des question sur le sens du partage, de la solidarité et de la fraternité.

Le spiritisme est une philosophie de l’être qui peut et doit conduire à une réflexion sur nos propres cheminements individuels au plan de la morale, c’est un premier point. Mais si l’on s’en tient uniquement à cela en occultant tout ce qui fait la vie d’une société avec toutes ses contradictions, on passe à côté de l’essentiel du message spirite, un message qui n’est pas seulement l’indication d’une ligne de conduite personnelle dans la vie, mais qui pose les grandes questions de l’égalité des droits, de la justice, de la liberté et des responsabilités partagées autant individuelles que collectives. Ce en quoi l’on a le devoir d’aborder des sujets de fond qui concernent l’évolution de nos sociétés, même si parfois on nous reproche de « faire de la politique », comme s’il fallait qu’un mouvement spiritualiste et plus précisément spirite, soit déconnecté des réalités du monde, comme s’il fallait que la spiritualité se place sur un autre terrain, uniquement métaphysique, en occultant son devoir humaniste et donc moral, de conjuguer le verbe « aimer » autrement que dans une vision restrictive qui s’arrêterait aux bons sentiments vis à vis de ses plus proches ou à une charité de bon aloi. Il n’y a pas de grands idéaux qui puissent se suffire d’une vision aussi restrictive, à moins de se positionner en tant que religion, ce qui n’est pas le cas pour le spiritisme qui se revendique philosophique et scientifique, n’ayant aucun des attributs qui définissent une religion. En ce sens nous entendons participer au débat d’idées, en y apportant des points de vue et des réflexions qui ne sont pas en dehors du champ de la spiritualité.

L’être spirituel, c’est aussi l’être social, celle ou celui qui, sur la planète où il vit, se sent interdépendant du reste du monde, et qui de ce fait, sera sensibilisé par tous les drames vécus au-delà de son propre environnement, dans une solidarité humaine ressentie comme telle, une solidarité qui doit conduire à une réflexion sur les modes de vie en société. C’est pourquoi, si le spiritisme aborde des questions sociétales comme l’euthanasie, l’interruption volontaire de grossesse, le suicide, la peine de mort, le génie génétique ou l’homosexualité, il doit aussi aborder les grandes questions politiques qui renvoient immanquablement aux problèmes posés par les crises économiques et financières.

Sans que cela soit contradictoire, on peut être spiritualiste et réfléchir à des problèmes concrets (et « bassement matériels » diront certains), parce que la spiritualité spirite, ne serait pas concevable s’il fallait qu’elle soit déconnectée des valeurs humanistes qu’elle est censée défendre. Et si ces valeurs ne restaient que des abstractions bien pensantes, elles seraient alors vides de sens.