Zone euro : contagion-chaos et récession – par Luc Gruntz

Posté le: 20 novembre 2011, par Alvadero

Octobre et novembre ont vu une activité sociale et politique chargée. Après le déclassement de la note des Etats-Unis par l’agence de notation Standard &Poor’s (voir article précédent), c’est toute la zone euro qui subit des turbulences. L’objectif des dirigeants des Etats est de réduire de façon drastique le poids de la dette de chacun d’entre eux, pour revenir à un taux d’endettement fixé par la Commission européenne de Bruxelles, en fonction d’un pourcentage du PIB (Produit Intérieur Brut).

Cette crise est financière (voir article précédent) et trouve son origine uniquement dans la spéculation et dans la confiance des marchés.

Les dirigeants de la zone euro qui avancent à reculons et ne font pas les efforts nécessaires pour adopter un plan de rigueur sont remerciés sous la pression des marchés. Il en a été ainsi, le 23 mars dernier, pour le premier ministre portugais José Socrates qui démissionnait devant le refus de l’opposition de voter un quatrième plan d’austérité. En Espagne, José Luis Zapatero , en avril dernier, a sauvé sa tête en annonçant qu’il ne se représenterait pas en 2012 pour faire adopter un plan d’austérité et obtenir une paix armée avec les traders. En Slovaquie, Iveta Radicova, la première ministre a dû saborder son gouvernement au début du mois d’octobre, pour obtenir de son parlement un feu vert au plan de secours de la Grèce. Il en va de même de Silvio Berlusconi qui avait perdu toute crédibilité pour résorber la dette italienne et de Georges Papandréou pour la Grèce. Ce n’est pas un hasard si ce dernier a annoncé un référendum, après avoir été conspué comme tous les membres de son gouvernement le 28 octobre dernier, lors de la fête nationale, par des millions de manifestants qui disent «  Non » à la troïka (Commission européenne, Fonds Monétaire International et Banque Centrale Européenne)

Cette proposition tombait au plus mauvais moment, après l’adoption quelques jours auparavant d’un nouveau plan de rigueur, entraînant une radicalisation du précédent. Elle a semé un vent de panique en Europe sur les marchés financiers et au niveau de certains dirigeants qui ont gardé un mauvais souvenir du « Non » des Danois au Traité de Maastricht lors du référendum de 1992, du « Non » néerlandais et français au projet du traité constitutionnel en 2005.

Papandréou fera ensuite volte-face à cette proposition pour aboutir à un gouvernement d’unité nationale.

La France est placée sous surveillance depuis le 17 octobre par l’agence Standard & Poor’s pour conserver son « triple A » dont le seul suspens est de savoir si la note sera dégradée en mars ou en juin prochain. Le gouvernement français a adopté son deuxième plan de rigueur que tous les économistes jugent insuffisant. Le gouvernement s’en défend mais la récession est là. Elle sera supportée essentiellement par la classe ouvrière et la classe moyenne alors que les hauts revenus et les grosses fortunes sont exonérés des efforts. L’absence de croissance se traduira par une nouvelle détérioration de l’emploi et par de nouvelles vagues de licenciements.

L’Europe est sous la pression de la Finance Internationale. La zone euro est regardée comme l’homme malade de l’économie mondiale car c’est en Europe que la croissance est en passe de s’éteindre. Selon les prévisions de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique), l’activité de 2012 croîtra de 3,8% dans le monde, de 1,8% aux USA et de seulement 0,3% dans la zone euro, ce qui horrifie les deux grands, Etats-Unis et Chine, par l’effet de l’interpénétration des économies.

Les marchés financiers sont devenus plus souverains que les électeurs de la zone euro. Les seules questions que nous avons à nous poser sont les suivantes : Jusqu’où les citoyens européens accepteront-ils de souffrir et de supporter une telle cure d’austérité imposée par leurs dirigeants actuels, au détriment de toute instance de gouvernance citoyenne et responsable ? Où est encore la place de l’Homme dans ce système ? Une partie de la réponse se trouve dans les mouvements de protestation qui se constituent dans chaque pays concerné et qui remettent en cause l’affairisme éhonté et le capitalisme débridé. De plus en plus de citoyens acquièrent une maturité politique pour remettre en cause le système actuel qui s’exerce par l’intermédiaire d’une oligarchie inféodée à la pensée unique où seuls comptent les profits au détriment de l’intérêt général, de l’humain en particulier et de l’ensemble des citoyens qui composent une communauté.