La Grèce et l’Europe sacrifiées sur l’autel du capitalisme et de la finance – par Luc Gruntz

Posté le: 22 février 2012, par Jacques

On aurait pu croire que les plans successifs d’austérité en Grèce étaient suffisants, loin s’en faut. Une nouvelle couche est rajoutée. Les dirigeants de l’Union Européenne exigent et obtiennent toujours plus. Ainsi, le vote sur la baisse des salaires du 12 février dernier ne suffisait pas aux yeux de l’Euro groupe pour débloquer l’ensemble des prêts. Il fallait obtenir aussi un engagement écrit et solennel des dirigeants des deux grands partis grecs Pasok (socialiste) et Nouvelle Démocratie (conservateur) pour persister dans cette voie après les élections des députés prévues en avril. Ce plan d’austérité ne frappe que le peuple. Le salaire minimum baisse de 22% pour tomber à 586€ brut par mois. Baisse de 5% des retraites complémentaires. Licenciements de 15 000 fonctionnaires. Hausse de 4% de la TVA. Suppression des primes et réduction des salaires dans la fonction publique. Privatisation d’infrastructures et d’une partie du système de soins. Tout le monde peut imaginer les conséquences graves que cela engendrera. Le peuple est dans la rue et s’exprime par la violence et le désespoir. Pour le reste, rien ne change. Ne touchons pas aux riches, aux grandes fortunes et à la finance avec la fuite des capitaux des milliardaires grecs vers les paradis fiscaux. Le système bancaire, malgré ses responsabilités dans la crise et la spéculation, reste impuni. Certains créanciers privés devront, à un moment ou un autre, renoncer à leurs créances. Le système fiscal et la collecte de l’impôt sont en panne. Haro sur la classe d’en-bas, comme disait Jean-Pierre Raffarin.

La Troïka (Commission Européenne, Fonds Monétaire International et Banque Centrale Européenne) impose au peuple grec son diktat et des souffrances qui seront très vite insurmontables et qui appelleront d’autres révoltes. Il en sera ainsi pour certains pays européens tels que l’Espagne et le Portugal qui connaissent également de graves mesures d’austérité avec une extension vers l’Italie et la Belgique et peut-être la France. Le leadership de cette politique en Europe est assuré par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy avec, aux commandes, des technocrates et des anciens dirigeants issus du milieu bancaire international et tout cela, au détriment de la démocratie en Europe et des peuples qui la composent. Cette politique va à l’encontre de la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 (l’un des fondateurs de l’Europe): « L’Europe se fera après des relations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ».

Le traité de Maastricht (février 1992) assignait à l’Union Européenne et Monétaire en son article II l’objectif suivant : « Un niveau d’emplois et de protection sociale élevés, le relèvement du niveau et de la qualité de vie, la cohésion économique et sociale et la solidarité entre les Etats membres. »

Nenni, ma foi, rien de cela à l ‘exception d’une cohérence financière du système dans le profit et la spéculation. Ce sont la récession et la politique d’austérité qui se mettent en place. L’absence de plan de relance de l’économie, c’est-à-dire de croissance, annihile tout espoir pour les peuples. Il faut rembourser la dette, sans aucune perspective de relance du pouvoir d’achat avec des investissements à court, moyen et long terme et par la relance de l’emploi salarial. Sur cette trajectoire, les agences de notation continuent de dégrader la note des Etats, après avoir exigé les mesures de rigueur budgétaire pour stopper l’accroissement de la dette publique. Mais il faut aller encore plus loin. Chaque pays européen doit introduire au niveau de sa constitution la fameuse « Règle d’Or » qui consiste à ne pas dépenser plus que ne le permet, chaque année, le montant des recettes. Si cette règle peut être acceptée après un retour de l’équilibre et résorption de la dette, elle ne peut l’être présentement en l’état, sauf à augmenter considérablement les recettes fiscales et à diminuer les dépenses publiques et en particulier les budgets sociaux qui participent à la redistribution du pouvoir d’achat, ce en quoi la Gauche française s’oppose, pour ne pas hypothéquer d’éventuelles mesures de relance du pouvoir d’achat et de l’économie par l’emploi. Il reste à déterminer si ces dettes publiques sont légitimes ou pas et dans quelle proportion. Cette question pourra faire l’objet d’un prochain article. Dans l’immédiat, Nicolas Sarkozy en déclarant sa candidature à la Présidence de la République redécouvre les vertus du référendum. Après avoir contourné le NON du peuple français exprimé à 55% au projet de Traité Constitutionnel du 29 mai 2005, il a fait adopter un Traité simplifié qui prendra le nom de Traité de Lisbonne ratifié par le Parlement français constitué en Congrès le 8 février 2008, provoquant la colère des anciens nonistes, fervents partisans de l’organisation d’un référendum. Comme le disait Edgar Faure, ancien Président du Conseil : « Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent »