Où pourrait nous mener l’ignorance du politique ?

Posté le: 2 février 2012, par Jacques

Nombre de nos concitoyens ont une idée très succincte des réalités politiques et n’ont pas toujours les outils pour décrypter tous les mécanismes d’une vie politique, certes très complexe. On est très souvent face à des propositions gouvernementales pour lesquelles on ne devine que la surface et les apparences, sans bien comprendre les subtilités et les objectifs plus ou moins avouables de telle ou telle décision.

Plus globalement, on ne peut pas comprendre les réalités économiques et sociales sans faire un peu d’histoire. On ne peut pas comprendre une crise économique si l’on ignore les mécanismes du capitalisme financier mondial. On ne peut pas comprendre notre monde si l’on en méconnait les conflits d’intérêt qui engendrent d’autres conflits plus guerriers. Et dans l’ignorance de fonctionnements qui nous dépassent, l’on peut se laisser aller aux conclusions les plus simplistes en ne considérant que les résultats d’une crise (chômage grandissant, augmentation du coût de la vie, logements trop chers, etc.), sans chercher à comprendre ce qui a conduit à ces résultats. L’on vit de plus en plus mal, le nombre des pauvres s’accroît y compris pour ceux que l’on appelle « les travailleurs pauvres », et l’on ne saura plus à quel saint se vouer lorsqu’il faudra élire nos représentants (aux présidentielles et aux législatives) dont on croit que ni les uns ni les autres, ne parviendront à relever le pays. Dans l’ignorance d’un système et de son fonctionnement, l’on en arrive à penser qu’il n’y a de solution nulle part, que la situation est celle d’une fatalité incontournable et que tous les politiques se valent dans leur incompétence. Et cela conduit à aller chercher du côté des « extrêmes » comme on l’entend dire si souvent dans la presse. Ce qui signifie simultanément que certains extrêmes sont les recours du désespoir, comme pour faire un pied de nez à la politique, pour des solutions improbables à partir de données simplistes. Et c’est là qu’il faut corriger une idée par trop répandue et entretenue dans la plupart des médias, selon laquelle on devrait renvoyer dos à dos l’extrême droite et l’extrême gauche, comme s’il s’agissait de mouvances pratiquement identiques présentant les mêmes dangers. Ce qui est une erreur dramatique au regard de l’histoire, au regard des idées, au regard des solutions envisagées. Ces mouvements n’ont pas la même histoire ni le même contenu. Ils sont diamétralement opposés au plan de l’éthique et n’auraient pour seul point commun que de vouloir changer radicalement les choses.

Changer radicalement pour le Front national, ce sera faire appel à des notions xénophobes pour montrer du doigt les bouc émissaires de la crise qu’il faudrait renvoyer chez eux : les étrangers. Changer radicalement pour le Front de gauche, ce sera s’attaquer aux pouvoirs financiers pour les contraindre à se plier à de nouvelles règles. Nous sommes là dans deux perspectives totalement opposées et divergentes qui n’ont rien de commun. A la droite de la droite, on va flatter les plus bas instincts dans une idéologie de « préférence nationale » qui tourne le dos à une évolution harmonieuse entre les gens et entre les peuples. A la gauche de la gauche, on envisage un combat pour le partage, pour la justice et pour l’émancipation de tous les êtres humains. Nous sommes donc face à deux idéologies dont les bases n’ont pas le moindre rapport et il est malvenu d’en concevoir une assimilation, au prétexte que ce sont des idéologies qui se situent hors des systèmes habituels de gouvernance.

Pour contrer l’ignorance qui mène à l’incertitude et à l’hésitation lors du vote, il n’y a que la connaissance qui permettra d’établir les distinctions utiles entre les uns et les autres, une connaissance à la fois historique et actuelle, à partir d’une étude de ces mouvements et des idées qu’ils représentent. Si l’on reste à la surface des choses, on va se cantonner à des a priori qui sont d’ailleurs entretenu par les médias les plus classiques. Et pour sortir des a priori, nous n’avons pas d’autre choix que de nous pencher sérieusement sur le sujet, afin de savoir de quoi l’on parle.

 

Et sans doute faut-il aussi faire un parallèle historique concernant la crise économique et financière que nous vivons, avec celle des années 20 dont on a retenu la fatidique année 1929. L’on voit très clairement que ces crises engendrent des phénomènes de xénophobie et de racisme, puisque la voie la plus simple consiste à trouver des boucs émissaires, c’est-à-dire des fauteurs de crise qui en réalité n’y sont pour rien. Dans les années 20-30, ce fut alors la montée du fascisme avec persécution des communistes, des Juifs et de certaines populations émigrées, sans oublier les homosexuels. Ce fut également le doigt pointé vers la Franc-Maçonnerie. Aujourd’hui et toute proportion gardée, nous sommes un peu dans un profil similaire, avec un regard suspicieux du côté des Arabes et des immigrés d’Afrique noire. Les boucs émissaires sont toujours là, ce ne sont plus les mêmes mais peu importe, l’on désigne celles et ceux qui, par leur présence sur notre territoire, seraient les responsables de la crise. Et l’on voit dans une Europe qui n’est certes pas celle des années 20, une montée des mouvements d’extrême droite au point que déjà en Hongrie, le nouveau gouvernement élu s’affiche sans complexe dans cette mouvance avec toutes les atteintes à la démocratie et à la libre expression qui lui sont attenantes. Ladite Europe ne s’en émeut guère, car tournée vers ses préoccupations financières, elle a peine à réagir sur ces questions idéologiques. Et pourtant, c’est dans toute l’Europe un frémissement des extrêmes droites qui se fait sentir et qui occupe le terrain dans une progression qui pourrait devenir préoccupante si l’on n’y prêtait attention. Ce frémissement est toujours proportionnel à la montée d’une crise économique et financière comme ce fut le cas dans l’entre deux guerres avec la montée du fascisme. Qui s’en soucie vraiment ? Qui oserait imaginer qu’un dépérissement économique de l’Europe puisse conduire à de telles extrémités ? Hé bien, en toute conscience il me semble que nous ne sommes à l’abri de rien et qu’il nous faut veiller au glissement des mentalités, susceptibles dans un pays ou un autre, de se laisser aller à une dérive telle que nous venons de la voir en Hongrie. Il suffit pour mesurer cette dérive, d’interroger les gens dans la rue, dans notre entourage professionnel ou amical, pour se rendre compte que les plus ignorants de nos concitoyens ont déjà glissé dans cette dérive qui n’est pas très différente dans le fond, de celle des années sombres de l’entre deux guerres.

Malheureusement, l’expérience passée n’a jamais valeur de leçon, et l’on pourra toujours laisser croire que la situation actuelle est bien différente, et nous oublierons alors que les vieux démons sont bien toujours les mêmes lorsque sur fond de crise il faut désigner des responsables, des victimes expiatoires qui se trouvent là au mauvais moment sans rien avoir demandé.

La grande règle, c’est qu’en période de prospérité, la xénophobie recule, et qu’en période de récession et de crise économique, elle revient en force. Et le processus est savamment entretenu, non seulement par les mouvances d’extrême droite, mais aussi et malheureusement par notre gouvernement actuel qui ne s’est pas privé d’emprunter certains arguments au Front national au point même que celui-ci s’en est ému. Quand ce sont les gouvernants eux-mêmes qui distillent subtilement des arguments extrêmes qui deviennent instruments de manipulation des mentalités, cela n’arrange rien à l’ignorance ambiante, cela annihile toute réflexion de bon sens et cela nous tire irrémédiablement vers le bas.

 

Ne laissons pas les idées les plus sombres faire leur œuvre, ne soyons pas les assistants passifs d’une manipulation qui embrouille les esprits. Soyons véritablement citoyens en toute connaissance de cause par l’acquisition d’une culture historique, politique et sociale. C’est toute l’histoire depuis la Révolution Française qui a construit notre conception citoyenne d’hier et d’aujourd’hui. C’est à partir de cette histoire tumultueuse depuis la première république de 1792, que notre démocratie s’est progressivement consolidée. C’est bien sur tout cela qu’il faut s’arrêter et méditer, car il n’y a pas de réflexion possible et cohérente sans un minimum de connaissances sur un passé dont nous sommes les héritiers.

Et pour nous spirites qui prônons une vérité universelle fondée sur la solidarité amoureuse entre les hommes et entre les peuples, soyons celles et ceux qui interpellent, qui en appellent à la connaissance et à une vraie réflexion à partir des éléments qui sont à notre portée. C’est d’ailleurs en ce sens que le spiritisme assume sa totale maturité, dans la mesure où spiritualité et humanité sont indissociables.