D’insoutenables amalgames – par Jacques Peccatte

Posté le: 4 octobre 2013, par Jacques

La politique française nous a habitués à voir les choses au travers du prisme de nos différents partis politiques dont il n’est pas toujours aisé de décrypter les intentions, d’autant que sans cesse se profilent des échéances électorales avec les affrontements droite gauche qui se situent globalement entre les deux tendances principales accoutumées à gouverner en alternance (Parti socialiste, UMP) et puis à la marge l’on a toujours ce qui est qualifié d’extrême avec le Front National sur la droite et le Parti Communiste sur la gauche (allié aujourd’hui au Parti de Gauche sous l’appellation Front de Gauche).
Dans la transmission médiatique qui nous en est donnée à l’heure actuelle, se pose le problème de l’objectivité, problème insoluble puisque chaque journaliste se croit objectif dans ses propres opinions et donc dans sa propre subjectivité… Mais tout de même, il y a des outrances qui ne sont plus tenables concernant une mauvaise assimilation entre l’extrême-droite et ladite extrême-gauche, renvoyées dos à dos par la plupart des commentateurs et des personnages politiques plus conventionnels. Et pour simplifier, on met les extrêmes dans le même panier en les affublant d’intentions identiques, avec les mêmes dangers qu’ils sont censés représenter.

D’un côté nous avons un parti repeint en bleu marine qui a pratiquement trouvé toute sa légitimité, bien que toujours porteur des mêmes idées d’exclusion à l’image des Maurras et autres, qui eux non plus n’étaient pas considérés comme dangereux dans la période de l’entre deux guerres. Et pourtant…
A l’autre bord, il y a un Parti Communiste qui a toujours accompagné les revendications de la classe ouvrière, et qui fut longtemps vilipendé pour son lien avec une Union Soviétique dont on savait pourtant que ce n’était pas un modèle de justice et de liberté. Pour autant les Communistes français n’ont jamais envisagé de suivre ce modèle, se conformant aux règles de la République avec leurs sièges à la Chambre et au Sénat ainsi que leurs municipalités qui n’ont pas été les plus mal gérées.

Le plus agaçant, c’est que face à ces deux extrêmes, on fait des raccourcis, on oublie l’histoire qui leur est accolée. L’un utilise les mêmes arguments que ses devanciers, qui avaient conduit au fascisme. L’autre a son histoire française, par exemple lors du Front populaire de 1936 et par son action dans la Résistance, dont il n’a jamais eu à rougir. L’un fonde ses principes sur les arguments de l’ostracisme, du rejet, du repli national et de la préférence nationale. L’autre fonde ses principes sur des valeurs d’égalité, de justice et de fraternité entre les peuples, en voulant faire changer le système.

Ce sont les fondements mêmes de deux principes qu’il faut examiner, deux principes qui n’ont rien à voir l’un avec l’autre. On ne peut pas comparer des idées héritées du marxisme à d’autres qui s’apparenteraient davantage à celles de Léon Daudet ou d’Edouard Drumont. La philosophie de Karl Marx partant de la dialectique matérialiste a consisté à analyser en profondeur les rouages de la société du point de vue de la création des richesses par l’exploitation de l’homme par l’homme (la propriété des grands moyens de production, la plus value, le développement du prolétariat, etc.), ce que quasiment personne ne conteste quant à son explication donnée sur les processus historiques du développement des sociétés. Et s’il fut question de renverser un système par une révolution, ce ne fut certes pas du meilleur effet, mais le but premier était d’améliorer le sort du genre humain. Il y eut ensuite toutes les dérives que l’on connaît, là où l’on a voulu réaliser des révolutions dites marxistes, qui en réalité ont été complètement déviées de leur objet initial. Cela montre qu’une idée généreuse peut entraîner les pires effets quand elle est récupérée par une dictature, mais ce n’est pas une raison pour en rejeter le fond, à la différence de l’idée d’un front d’extrême droite, qui elle, dès le départ, est perverse.
Et lorsque des gens encore aujourd’hui réfléchissent à une réforme du système, qu’ils soient communistes, du parti de gauche ou alter mondialistes, c’est toujours dans le sens d’un bonheur pour tous à chercher au travers d’un nouveau monde qu’il faudrait débarrasser de sa haute finance à la fois toute puissante et destructrice.

Quel est donc le point commun entre ces idées généreuses d’une certaine gauche et les revendications de l’extrême droite ? Même si depuis peu, le Front national s’en prend à la haute finance internationale et en appelle à la justice sociale (idées insufflées par les extrêmes droites d’Europe du Nord), c’est évidemment une manœuvre inédite dans un changement de cap qui ne devrait tromper personne, dans la mesure où ce parti n’a jamais revendiqué, ni la justice sociale, ni l’égalité des droits, mais toujours fustigé ses mêmes boucs-émissaires que sont les corrompus du monde politique, la communauté européenne et les immigrés. On peut toujours repeindre la façade en faisant croire à de meilleurs sentiments à partir de phrases toutes faites sur la finance et le social, mais il y a toujours en contrepartie des propos populistes souvent empreints de vulgarité, quand il est question de cultures différentes, d’ethnies ou de tribus (quoi que d’autres politiques plus classiques se plaisent aussi à utiliser ce vocabulaire comme s’ils avaient été contaminés par l’extrême droite).

C’est devenu pratiquement quotidien : les deux extrêmes sont régulièrement comparés et mis au même rang, à se demander d’ailleurs si l’on n’est pas en train de favoriser encore davantage la droite extrême au détriment des gauches alternatives, comme si Marine Le Pen était devenue plus fréquentable que Jean-Luc Mélenchon ou Pierre Laurent. Voilà ce à quoi nous assistons du point de vue médiatique, ce qui, quant à nous les spirites, contrarie notre sens de l’éthique. Il est parfaitement insoutenable de mélanger les genres, d’insulter l’histoire à ce point, d’en oublier cette histoire dont décidément l’on ne veut jamais tirer les leçons ! L’on voudrait nous faire croire que d’une époque à une autre, rien n’est comparable, et pourtant si ! Le développement du fascisme en Europe dans les années 30 s’était réalisé exactement à partir des mêmes crises et selon les mêmes modes d’expression d’une extrême droite qui avait et qui a encore ses boucs-émissaires. Fussent-ils Juifs en ces temps là, sont-ils Arabes, immigrés d’Afrique noire aujourd’hui, l’ostracisme est exactement le même ; et si l’on n’y prenait garde, la dérive pourrait être très grave, surtout si l’on considère la montée des extrêmes droites dans l’Europe toute entière (Autriche, Hongrie, Grèce,…).
Et l’on voudrait donc comparer cela avec des mouvements défendant des idées certes encore utopiques. Oskar Lafontaine de Die Linke en Allemagne aurait-t-il le profil d’un dangereux manipulateur ? Même question concernant Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon. De qui se moque-t-on ? Ne fait-on plus la différence entre les racistes xénophobes et les âmes généreuses qui imaginent, selon leurs propositions, un avenir de partage et de paix ? Est-on à ce point aveuglés que l’on ne distingue plus les vieilles racines d’un mal endémique qui revient, sans pouvoir le différencier d’idées utopiques faisant appel au sens de la justice et de l’amour ?

Ceci n’est pas un plaidoyer pour telle ou telle tendance politique, mais de toutes celles existantes, nous en éliminons une avec toute la fermeté de nos convictions spirites. Nous l’éliminons, cela s’entend, de nos choix, de nos réflexions, de notre vision d’une évolution de l’esprit à la fois intellectuelle et morale comme le disait Allan Kardec. Si le mouvement spirite n’a pas vocation à défendre tel ou tel parti, il est porteur de valeurs spirituelles et humanistes qui ne peuvent tolérer des idées d’exclusion qui ont fait leur temps et leurs désastres. Et nous estimons qu’il serait grand temps que les organes de presse en prennent la mesure, qu’ils cessent de normaliser des propos sournois et insidieux distillés par un parti qui en d’autres temps n’existait pas encore et dont on s’est fort bien passé jusque dans les années 80. Ne revenons pas sur ce qui l’a fait éclore, c’est un vaste sujet, mais revenons sur des valeurs qui nous sont communes avec diverses forces humanistes existantes, des valeurs de solidarité, de fraternité et de justice. Je n’ajouterai pas le mot tolérance, parce que justement l’on ne peut pas tout tolérer…