Dieudonné, Soral, même combat… Par Jacques Peccatte

Posté le: 28 janvier 2014, par Jacques

Comparaison n’est pas raison : on vient nous dire qu’il y aurait des similitudes humoristiques entre un Coluche, un Desproges… et Dieudonné. Si l’on revisite les textes de Pierre Desproges, on y trouve quelques bons mots et plaisanteries au second degré concernant les Juifs. Il s’en était lui-même expliqué dans une interview pour que tout le monde comprenne bien : non il n’était pas antisémite, il concevait un profond dégoût face aux incompréhensibles crimes nazis, et il avait besoin d’exorciser son incompréhension par l’humour. Et si l’on y regarde de près, il se moquait davantage du bon français moyen avec ses a priori antisémites, que des Juifs eux-mêmes. Et c’est là tout le ressort d’un humour classique où l’on se moque de vieux préjugés tenaces en jouant sur l’ambiguïté feinte de celui qui les exprime.

Si Dieudonné était dans ce profil il y a plusieurs années notamment dans sa complicité avec Elie Semoun, son humour provocateur a pris une autre direction : sous l’impulsion de son ami et maître à penser Alain Soral, le dérapage a été consommé en toute conscience, et d’un humour tous azimuts qui dénonçait les racismes et particularismes de toutes sortes, il s’est focalisé sur la communauté juive. Cela rejoint en ligne directe la phobie obsessionnelle de son ami Alain Soral, qui, passé de l’extrême gauche à l’extrême droite, s’est focalisé sur la question juive n’hésitant pas à afficher clairement son antisémitisme devenu viscéral. Si l’on en croit l’actrice Agnès Soral, sa sœur, on est face à un psychopathe (elle n’emploie pas ce mot, mais je condense l’idée) qui a subi des traumatismes dans l’enfance et qui se venge sur la société tout entière en prenant différentes directions provocatrices pour exprimer ses propres problèmes existentiels.

Il serait vain de vouloir dissocier Dieudonné de Soral, l’un met son humour au service des idées de l’autre, et quand les deux ensemble présentent une liste antisioniste en Île de France aux élections européennes de 2009, aucun doute n’est plus permis.

Allons un peu plus loin, et que voyons-nous ? L’humour provocateur de Dieudonné est devenu un instrument de propagande politique. Au départ, c’est un plaidoyer antisystème qui peut se respecter, et à l’arrivée, ce sont des accusations contre les lobbies juifs censés avoir conduit le monde là où il en est. A peu de choses près, on retrouve la configuration de l’antisémitisme d’avant guerre, avec ce fameux complot judéo-maçonnique qui fut le terreau idéologique des nazis et collaborationnistes dont on sait les funestes résultats. Pour couronner le tout, Alain Soral s’affiche anti-gay, contre le mariage pour tous, pour la suprématie de l’homme sur la femme et quelques autres prises de position qui le situent pratiquement au-delà de l’extrême droite. Et quand un Dieudonné roule pour ce fou furieux, n’y a-t-il pas lieu de s’interroger ? Cela pose certes la fameuse question de la liberté d’expression, mais quand liberté d’expression signifie propagande, on ne peut s’empêcher d’établir la comparaison avec de sinistres personnages du passé, les Drumont, Daudet, Barrès, Maurras, Doriot et autres idéologues qui ont fait le lit du fascisme, soit à partir de l’anti-bolchévisme, soit à partir de l’antisémitisme, mais le plus souvent les deux à la fois. Tout cela s’est étalé dans le temps au moins depuis l’affaire Dreyffus et jusqu’à l’avènement du nazisme. Ce qui signifie que des idées savamment distillées sur plusieurs années, peuvent un jour ou l’autre trouver leur concrétisation la plus intolérable.

Sans aller jusqu’à ces extrémités dans le temps présent, il faut tout de même veiller à la montée de certaines idéologies dont on ne sait où elles pourraient nous mener dans les années à venir. Et même si l’antisémitisme n’était devenu qu’un phénomène marginal, remplacé par la stigmatisation des arabo-musulmans et des émigrés d’Afrique noire, il semble se réveiller à nouveau quand quelques trublions soufflent sur des braises d’un feu qui n’était pas totalement éteint.

En tant que spirites, nous avons une éthique et donc des positions de principe en concordance avec les valeurs que nous défendons, le principe premier étant l’égalité absolue entre tous les êtres humains, sans distinction de race, de culture, de civilisation ou d’appartenance religieuse. L’être humain ne se définit pas en fonction du lieu ou du milieu dans lequel il s’est réincarné. Il peut être chrétien dans une vie, juif ou musulman dans une autre, animiste, agnostique, athée… Il peut aussi ne pas être à l’aise dans la culture de sa naissance et poser des questions existentielles fondamentales par lesquelles il interrogera son milieu d’origine. Voilà le sens de la réincarnation évolutive qui doit nous faire dépasser tous les particularismes stupides qui divisent artificiellement l’humanité en différentes catégories. Et si parmi ces catégories, on nous réinvente celle des Juifs en remontant à l’absurde texte des « Protocole des Sages de Sion » que certains adeptes des théories du complot se réapproprient aujourd’hui (pamphlet fabriqué de toute pièce en 1903 à la demande du ministre de l’intérieur de Nicolas II pour discréditer encore davantage les Juifs de Russie déjà persécutés), nous revenons alors aux diatribes antisémites d’un passé dont il nous faudrait nous souvenir si l’on veut que la mémoire historique ait encore un sens. Voilà à peu près où nous en sommes avec les Soral, Dieudonné, Faurisson et consorts, qui réveillent de vieilles idées fascistes pour les remettre au goût du jour.

Et si vous aviez encore quelques doutes sur notre remise en cause de l’intégrité morale de Dieudonné, posez-vous alors la question de ses relations. Il fréquente des néonazis affichés, il s’est en un temps rapproché de Jean-Marie Le Pen, participant aux fêtes du Front national et invitant celui-ci à devenir le parrain de son fils. Et l’on reprendra alors l’adage populaire « Dis moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es ».

Nous avons évidemment en tant que spirites une aversion déclarée pour toutes les extrêmes droites, qu’elles soient françaises, grecques, hongroises, allemandes et autres ; elles sont montantes dans tous les pays d’Europe, et quelles que soient leurs particularités chacune, elles vont toutes dans le sens de la stigmatisation d’une population ou d’une autre, ici les Roms, là les arabo-musulmans, ailleurs les Juifs, les Tziganes, les homosexuels, etc.

Tout ce qui concourt à ces stigmatisation ouvre la brèche à des formes de fascisme, parfois bien déguisées sous des apparences trompeuses, et lorsque la porte est grande ouverte, on en arrive à la situation hongroise, là où la démocratie a été largement entamée au profit d’un régime autoritaire dont on ne sait encore comment le qualifier. Et si les nouvelles formes d’idéologie fascisantes gangrènent de plus en plus l’Europe tout entière, il est grand temps d’ouvrir les yeux sur un phénomène qui finira par ressembler à celui des années 30. On me rétorquera comme toujours que « comparaison n’est pas raison ». Et pourtant l’on dit bien aussi que « les mêmes causes produisent les mêmes effets ». Les mêmes causes, elles sont déjà là. Quant aux effets, c’est toujours sur le long ou moyen terme qu’ils se font ressentir. Et quand on est sur une pente glissante, on ne sait jamais où cela pourra s’arrêter…