200ème anniversaire de la naissance
d’Allan Kardec (3 octobre 1804)
En hommage, voici quelques extraits d’articles et échos parus dans le dossier spécial consacré au fondateur du spiritisme dans le Journal Spirite n° 53
Portrait.

Par Anna Blackwell qui fut la traductrice anglaise de l’œuvre d’Allan Kardec. Elle le décrit en ces termes : «Allan Kardec est de stature moyenne, robuste, de tête large, ronde, ferme, avec des traits marqués et des yeux gris clairs, paraissant plutôt allemand que français. Il est énergique et tenace, mais d’un tempérament tranquille, prudent et réaliste jusqu’à une certaine froideur. Incrédule par nature et par éducation, d’une raison logique et précise, éminemment pragmatique en idées et en actions, il se distancie autant du mysticisme que de l’enthousiasme. Grave, peu enclin au bavardage, sans affectation, mais avec une certaine dignité tranquille, résultat du sérieux et de l’indépendance de critères, qui sont les traits distinctifs de son caractère, il ne cherche ni n’évite les discussions, mais sans accepter des critiques sur le sujet auquel il a consacré toute sa vie. Il reçoit aimablement les innombrables visiteurs qui proviennent de toutes les parties du monde pour parler avec eux des idées dont il est le représentant le mieux autorisé, répondant aux questions et aux objections, résolvant les difficultés, et informant tous les investigateurs sérieux avec qui il parle librement et avec animation. Il montre en toute occasion un visage radieux, agréable d’où transparaît la bonne humeur, bien que par sa sobriété naturelle dans ses manières, on ne le voit jamais rire.»

L’introduction du Livre des Esprits.

L’ouvrage commence par un long préambule intitulé Introduction à l’étude de la doctrine spirite, dans lequel Allan Kardec pose tous les grands principes de sa nouvelle doctrine et répond déjà à toutes les objections possibles en 17 paragraphes soigneusement élaborés. Il commence par poser les bases d’un vocabulaire adéquat, et en premier lieu indique qu’il utilisera désormais le mot Spiritisme pour différencier la doctrine spirite de toute autre théorie spiritualiste. Et l’adepte du spiritisme devient le spirite.
Partant des phénomènes des tables tournantes, il montre que ces premières manifestations intelligentes furent le prélude à d’autres formes de communication plus élaborées aboutissant à l’écriture. Dans les paragraphes suivants, Il traite de la diversité des esprits en intelligence et en moralité, de la diversité des langages et des propos tenus par les esprits.
Au paragraphe VI, dans un résumé synthétique, il aborde tous les grands thèmes du spiritisme dans une définition sommaire du monde invisible, de Dieu, du périsprit, de la diversité des évolutions morales et intellectuelles liées à la réincarnation, de l’incarnation, de la pluralité des mondes de l’univers, des relations entre les esprits et les hommes et des influences des esprits. Dans ce passage, il indique déjà l’essentiel de ce qui est développé plus largement dans les différents chapitres du Livre des Esprits. Le lecteur connaît déjà à partir de cette introduction magistrale, les grands principes du spiritisme, sommairement définis. Les personnes qui n’ont aucun goût pour la lecture, pourront au moins faire l’effort de lire cette introduction à partir de laquelle elles auront déjà une idée d’ensemble si bien organisée et structurée, qu’elles auront envie de se reporter aux différents chapitres explicatifs sur tel ou tel point, pour en savoir plus.

Allan Kardec, à la fin de cette introduction, présente Le Livre des Esprits comme un enseignement des esprits dont il ne serait que le modeste rapporteur : «Ce livre n’aurait-il pour résultat que de montrer le côté sérieux de la question, et de provoquer des études dans ce sens, ce serait déjà beaucoup, et nous nous applaudirions d’avoir été choisi pour accomplir une œuvre dont nous ne prétendons, du reste, nous faire aucun mérite personnel, puisque les principes qu’il renferme ne sont pas notre création ; le mérite est donc tout entier aux esprits qui l’ont dicté. Nous espérons qu’il aura un autre résultat, c’est de guider les hommes désireux de s’éclairer, en leur montrant, dans ces études, un but grand et sublime : celui du progrès individuel et social, et de leur indiquer la route à suivre pour l’atteindre.»

Si Allan Kardec dans sa modestie, indique ne tirer aucun mérite personnel de son travail, attribuant ce seul mérite aux esprits, nous ne pouvons cependant souscrire totalement à son propos. En effet, l’enseignement des esprits n’était pas homogène ni forcément très clair à l’époque, transmis au travers de plusieurs médiums. Il devait être étudié, analysé et mis en ordre, ce qui fut le rôle déterminant d’Allan Kardec qui, procéda à une longue étude comparative d’une grande diversité de messages, pour en retirer les concordances et faire une analyse approfondie des différents thèmes évoqués. Il dut aussi, au-delà des dossiers qui lui furent fournis dans un premier temps, interroger les esprits sur des questions plus précises qui restaient encore nébuleuses. Pour accomplir ce travail parfaitement abouti, qui a donné naissance au Livre des Esprits, il lui fallut, point par point, étudier tous les thèmes inhérents à la science et à la philosophie des esprits. Il parvenait ainsi à cette classification de toutes les grandes questions métaphysiques, sans en oublier aucune, pour lesquelles il dut obtenir des réponses complémentaires de l’au-delà, établissant une large synthèse de différents messages obtenus par différents médiums. Il fut le seul à établir cette vaste et magistrale œuvre de philosophie, dans une démarche claire et méthodique dont lui seul avait le secret.
Il eut ce mérite de déterminer des lois nouvelles, des lois naturelles concernant les rapports entre le monde physique et le monde invisible. Ce qui n’était jusqu’alors que vagues suppositions à caractère ésotérique ou religieux, est devenu avec Allan Kardec, certitude argumentée dans une pensée philosophique et scientifique. Le contact avec l’au-delà n’était plus un simple passe-temps, mais une science et une philosophie susceptibles de donner une direction intellectuelle et morale pour toute l’humanité. Il fallait dans cette perspective, se référer aux critères de l’analyse, autant philosophique que scientifique, ce qu’Allan Kardec a réalisé avec les moyens et connaissances de son époque, en déterminant des lois qu’il a qualifiées de naturelles, des lois qui élargissaient le champs de la connaissance à la réalité de l’esprit.
Pour la première fois, c’est une synthèse qui fut réalisée entre le matériel et le spirituel, dans la démonstration que l’un et l’autre ne sont pas incompatibles. Pour la première fois, une explication naturelle indique la solution de continuité qui existe entre l’esprit et la matière, au travers du principe vital, du fluide universel et du périsprit à partir duquel s’effectue l’incarnation. Pour la première fois, il n’y avait plus la science d’un côté, étudiant l’univers matériel, et de l’autre la spiritualité représentée par les religions en perpétuelle discordance avec les données scientifiques. La foi et la raison n’étaient plus en contradiction, parce que l’on pouvait enfin étudier le spirituel dans sa manifestation, tout en se réclamant de la raison dans l’enchaînement d’arguments à la fois philosophiques et scientifiques.

Le Livre des Esprits, contenu de l’ouvrage.

En 1857, Allan Kardec faisait paraître Le Livre des Esprits, l’œuvre maîtresse qui pose les principes du spiritisme, déclarant qu’il avait systématisé les dictées des esprits, c’est en ce sens qu’il fut considéré comme le codificateur du spiritisme.
L’ouvrage est divisé en quatre grandes parties : Les causes premières ; Monde spirite ou des esprits ; Lois morales ; Espérances et consolations.
Dans le livre premier, l’auteur s’attache à mettre en évidence l’existence de Dieu, d’une part en utilisant les réponses des esprits, puisque c’est le principe même du livre, et d’autres part en y ajoutant des annotations personnelles en commentaires à ces réponses. Sont intégrés dans cette partie, des chapitres sur la création, l’univers et le principe vital. On retrouvera ces thèmes à nouveau développés dans une excellente argumentation contenue dans le chapitre II de La Genèse sur l’existence de Dieu, la nature divine, la providence et les vues de Dieu.

Le livre deuxième comporte toutes les définitions et attributs de l’esprit et du périsprit, indiquant les processus de l’incarnation et de la réincarnation, dans la pluralité des existences et des mondes. Cette partie inclut aussi les différentes manifestations des esprits suivant leurs niveaux d’évolution et l’influence qu’ils peuvent avoir sur les humains et sur notre monde.

Le livre troisième, intitulé «Lois morales», porte sur les lois divines ou naturelles. On y retrouve tous les grands principes humanistes de la marche du progrès, dans des considérations sur les lois d’égalité, de liberté, de justice, d’amour et de charité. Il est à relever dans cette partie du livre, d’intéressantes réponses des esprits sur la peine de mort, en un temps où elle était admise et généralisée. Les réponses vont très nettement dans le sens d’une abolition indispensable de la peine capitale qui marquera un progrès pour l’humanité.

Dans le Livre quatrième, les notions de peines, récompenses, épreuves ou expiations, nous paraissent aujourd’hui mal adaptées dans une connotation qui pourrait faire penser à des thèmes de morale religieuse. Et pourtant, cette partie du livre consacre justement une argumentation qui vise à bien démarquer la morale spirite des notions de ciel, purgatoire et enfer du catholicisme. Bien que certains termes employés sonnent assez mal à nos oreilles aujourd’hui, le fond même des propos en référence à une morale immanente et universelle, garde toute sa valeur.
Enfin, la conclusion du Livre des Esprits souligne la différence entre le spiritisme et le matérialisme. L’auteur affiche une confiance en l’avenir qui verra un jour le triomphe du spiritisme sur la terre.

On trouve dans le Livre des Esprits des réponses signées de Saint-Louis, Saint- Augustin, Fénelon, Lamennais, Platon, Saint-Vincent de Paul. D’autres signatures de renom, sont à retrouver dans Le Livre des Médiums et autres ouvrages, d’esprits éminents qui ont participé depuis leur au-delà à l’élaboration du spiritisme auprès des médiums qui s’étaient mis au service d’Allan Kardec.
Le Livre des Esprits, ouvrage fondamental à partir duquel est réellement né le spiritisme, a traversé un siècle et demi de notre histoire et demeure encore aujourd’hui l’œuvre spirite de référence qui interpelle de nombreux lecteurs. On a été jusqu’à dire que c’était la Bible du spiritisme, appellation inappropriée dans la mesure où Allan Kardec ne s’est jamais prétendu le Père d’une nouvelle religion, il fut surtout le transmetteur éclairé d’une connaissance provenant de l’autre monde et qu’il a mise en forme au travers d’une doctrine, terme auquel nous préférons aujourd’hui ceux de science et de philosophie, déjà utilisés d’ailleurs par Allan Kardec. Car ce qui fut à l’origine codifié sous le nom de doctrine spirite a traversé le temps, a évolué au rythme des nouvelles données de la science, s’est affiné avec les découvertes de la psychologie. De ce fait, la doctrine spirite a posé les bases premières, devenant au fil des recherches et découvertes complémentaires apportées par la suite, une science et une philosophie aux conséquences morales et éthiques. Par ailleurs, le contenu sémantique du mot doctrine a probablement évolué depuis le 19e siècle, dans une connotation qui aujourd’hui reste surtout religieuse, ce terme n’étant plus guère employé.

Qu’est-ce que le Spiritisme ?

Ce livre est présenté par son auteur comme un résumé des notions les plus essentielles du spiritisme à l’attention des personnes qui désirent avoir un premier aperçu dans un cadre restreint. Allan Kardec, dans son souhait de se mettre à la portée de tous, eut l’art du résumé, ce qu’il fit aussi avec deux petits fascicules : Le spiritisme à sa plus simple expression et Caractère de la révélation spirite.

Le premier chapitre de « Qu’est-ce que le spiritisme ? » est conçu sous forme d’entretiens, avec les réponses aux questions et objections les plus courantes. Le second chapitre, selon l’auteur, est en quelque sorte un résumé du Livre des Médiums et le troisième chapitre un résumé du Livre des Esprits.
Nous nous attacherons à commenter le chapitre premier, qui reste une merveille de dialectique dans le plus pur style du maître, capable d’envisager toutes les objections et d’y répondre par des raisonnements incontournables et sans failles. Ses trois interlocuteurs imaginaires (mais qui paraissent si réels, parce que nous rencontrons régulièrement leurs profils), sont le critique, le sceptique et le prêtre.

Au visiteur (le critique) qui veut à tout prix assister à quelques expériences, il répond : «Mais comment pourriez-vous comprendre ces expériences, à plus forte raison en juger, si vous n’avez pas étudié les principes qui leur servent de base ?…». A cette réflexion suivie d’une longue digression sur la nécessité de lire un livre avant de le critiquer, le visiteur rétorque : «Vous parlez de l‘examen des livres en général ; croyez-vous qu’il soit possible à un journaliste de lire et d’étudier tous ceux qui lui passent par la main, surtout quand il s’agit de théories nouvelles, qu’il lui faudrait approfondir et vérifier… ?». Ce qui lui vaut cette réponse admirable : «A ce raisonnement si judicieux, je n’ai rien à répondre, sinon que quand on n’a pas le temps de faire consciencieusement une chose, on ne s’en mêle pas, et qu’il vaut mieux n’en faire qu’une seule bien que dix mal». Simple… mais imparable ! Ce type de question reste d’une parfaite actualité car de plus en plus de personnes aujourd’hui, cherchent à expérimenter sans avoir la moindre notion des réalités spirites.

Dans le deuxième entretien avec le sceptique, voilà encore une réponse que nous pouvons reprendre à notre compte : «Le spiritisme touche à toutes les branches de la philosophie, de la métaphysique, de la psychologie et de la morale ; c’est un champ immense qui ne peut être parcouru en quelques heures. Il me serait matériellement impossible de répéter de vive voix et à chacun en particulier tout ce que j’ai écrit sur ce sujet à l’usage de tout le monde. Dans une lecture sérieuse préalable, on trouvera d’ailleurs, la réponse à la plupart des questions qui viennent naturellement à la pensée ; elle a le double avantage d’éviter les répétitions inutiles, et de prouver un désir sérieux de s’instruire. Si, après cela, il reste encore des doutes ou des points obscurs, l’explication en devient plus facile, parce qu’on s’appuie sur quelque chose, et l’on ne perd pas son temps à revenir sur les principes les plus élémentaires».
Nous sommes là encore dans une configuration commune, où souvent l’interlocuteur croit pouvoir tout découvrir à partir d’une simple discussion, ne mesurant pas l’ampleur du sujet dans toutes ses implications et dans toute sa complexité.
Ensuite, il y a toute une série de questions du visiteur sceptique sur l’opposition de la science au phénomène spirite ; relevons cet extrait : «Cette croyance s’appuie sur le raisonnement et sur les faits. Je ne l’ai moi-même adoptée qu’après mûr examen. Ayant puisé dans l’étude des sciences exactes l’habitude des choses positives, j’ai sondé, scruté cette science nouvelle dans ses replis les plus cachés ; j’ai voulu me rendre compte de tout car je n’accepte une idée que lorsque j’en sais le pourquoi et le comment». L’on doit en effet à Allan Kardec la notion de science spirite, science qu’il faut aujourd’hui classer dans les sciences humaines, par opposition aux sciences dures à caractère strictement matérialiste. Remontant des effets aux causes et partant du principe qu’il n’y a pas d’effets sans causes, et respectant les données scientifiques de son époque, Allan Kardec a fait tout au long de son œuvre, la brillante démonstration de la manifestation des esprits et de la cohérence de leurs propos. Partant de faits matériels et objectifs, il démontra l’existence des esprits et à partir du dialogue avec eux, il fit la démonstration philosophique de tous les grands principes qui constituent la philosophie spirite.

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Revu le : 15 mars 2004