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Portrait.
Par Anna Blackwell qui fut la traductrice anglaise de luvre dAllan Kardec. Elle le décrit en ces termes : «Allan Kardec est de stature moyenne, robuste, de tête large, ronde, ferme, avec des traits marqués et des yeux gris clairs, paraissant plutôt allemand que français. Il est énergique et tenace, mais dun tempérament tranquille, prudent et réaliste jusquà une certaine froideur. Incrédule par nature et par éducation, dune raison logique et précise, éminemment pragmatique en idées et en actions, il se distancie autant du mysticisme que de lenthousiasme. Grave, peu enclin au bavardage, sans affectation, mais avec une certaine dignité tranquille, résultat du sérieux et de lindépendance de critères, qui sont les traits distinctifs de son caractère, il ne cherche ni névite les discussions, mais sans accepter des critiques sur le sujet auquel il a consacré toute sa vie. Il reçoit aimablement les innombrables visiteurs qui proviennent de toutes les parties du monde pour parler avec eux des idées dont il est le représentant le mieux autorisé, répondant aux questions et aux objections, résolvant les difficultés, et informant tous les investigateurs sérieux avec qui il parle librement et avec animation. Il montre en toute occasion un visage radieux, agréable doù transparaît la bonne humeur, bien que par sa sobriété naturelle dans ses manières, on ne le voit jamais rire.»
Lintroduction du Livre des Esprits.
Louvrage commence par un long préambule intitulé Introduction à létude de la doctrine spirite, dans lequel Allan Kardec pose tous les grands principes de sa nouvelle doctrine et répond déjà à toutes les objections possibles en 17 paragraphes soigneusement élaborés. Il commence par poser les bases dun vocabulaire adéquat, et en premier lieu indique quil utilisera désormais le mot Spiritisme pour différencier la doctrine spirite de toute autre théorie spiritualiste. Et ladepte du spiritisme devient le spirite.
Partant des phénomènes des tables tournantes, il montre que ces premières manifestations intelligentes furent le prélude à dautres formes de communication plus élaborées aboutissant à lécriture. Dans les paragraphes suivants, Il traite de la diversité des esprits en intelligence et en moralité, de la diversité des langages et des propos tenus par les esprits.
Au paragraphe VI, dans un résumé synthétique, il aborde tous les grands thèmes du spiritisme dans une définition sommaire du monde invisible, de Dieu, du périsprit, de la diversité des évolutions morales et intellectuelles liées à la réincarnation, de lincarnation, de la pluralité des mondes de lunivers, des relations entre les esprits et les hommes et des influences des esprits. Dans ce passage, il indique déjà lessentiel de ce qui est développé plus largement dans les différents chapitres du Livre des Esprits. Le lecteur connaît déjà à partir de cette introduction magistrale, les grands principes du spiritisme, sommairement définis. Les personnes qui nont aucun goût pour la lecture, pourront au moins faire leffort de lire cette introduction à partir de laquelle elles auront déjà une idée densemble si bien organisée et structurée, quelles auront envie de se reporter aux différents chapitres explicatifs sur tel ou tel point, pour en savoir plus.
Allan Kardec, à la fin de cette introduction, présente Le Livre des Esprits comme un enseignement des esprits dont il ne serait que le modeste rapporteur : «Ce livre naurait-il pour résultat que de montrer le côté sérieux de la question, et de provoquer des études dans ce sens, ce serait déjà beaucoup, et nous nous applaudirions davoir été choisi pour accomplir une uvre dont nous ne prétendons, du reste, nous faire aucun mérite personnel, puisque les principes quil renferme ne sont pas notre création ; le mérite est donc tout entier aux esprits qui lont dicté. Nous espérons quil aura un autre résultat, cest de guider les hommes désireux de séclairer, en leur montrant, dans ces études, un but grand et sublime : celui du progrès individuel et social, et de leur indiquer la route à suivre pour latteindre.»
Si Allan Kardec dans sa modestie, indique ne tirer aucun mérite personnel de son travail, attribuant ce seul mérite aux esprits, nous ne pouvons cependant souscrire totalement à son propos. En effet, lenseignement des esprits nétait pas homogène ni forcément très clair à lépoque, transmis au travers de plusieurs médiums. Il devait être étudié, analysé et mis en ordre, ce qui fut le rôle déterminant dAllan Kardec qui, procéda à une longue étude comparative dune grande diversité de messages, pour en retirer les concordances et faire une analyse approfondie des différents thèmes évoqués. Il dut aussi, au-delà des dossiers qui lui furent fournis dans un premier temps, interroger les esprits sur des questions plus précises qui restaient encore nébuleuses. Pour accomplir ce travail parfaitement abouti, qui a donné naissance au Livre des Esprits, il lui fallut, point par point, étudier tous les thèmes inhérents à la science et à la philosophie des esprits. Il parvenait ainsi à cette classification de toutes les grandes questions métaphysiques, sans en oublier aucune, pour lesquelles il dut obtenir des réponses complémentaires de lau-delà, établissant une large synthèse de différents messages obtenus par différents médiums. Il fut le seul à établir cette vaste et magistrale uvre de philosophie, dans une démarche claire et méthodique dont lui seul avait le secret.
Il eut ce mérite de déterminer des lois nouvelles, des lois naturelles concernant les rapports entre le monde physique et le monde invisible. Ce qui nétait jusqualors que vagues suppositions à caractère ésotérique ou religieux, est devenu avec Allan Kardec, certitude argumentée dans une pensée philosophique et scientifique. Le contact avec lau-delà nétait plus un simple passe-temps, mais une science et une philosophie susceptibles de donner une direction intellectuelle et morale pour toute lhumanité. Il fallait dans cette perspective, se référer aux critères de lanalyse, autant philosophique que scientifique, ce quAllan Kardec a réalisé avec les moyens et connaissances de son époque, en déterminant des lois quil a qualifiées de naturelles, des lois qui élargissaient le champs de la connaissance à la réalité de lesprit.
Pour la première fois, cest une synthèse qui fut réalisée entre le matériel et le spirituel, dans la démonstration que lun et lautre ne sont pas incompatibles. Pour la première fois, une explication naturelle indique la solution de continuité qui existe entre lesprit et la matière, au travers du principe vital, du fluide universel et du périsprit à partir duquel seffectue lincarnation. Pour la première fois, il ny avait plus la science dun côté, étudiant lunivers matériel, et de lautre la spiritualité représentée par les religions en perpétuelle discordance avec les données scientifiques. La foi et la raison nétaient plus en contradiction, parce que lon pouvait enfin étudier le spirituel dans sa manifestation, tout en se réclamant de la raison dans lenchaînement darguments à la fois philosophiques et scientifiques.
Le Livre des Esprits, contenu de louvrage.
En 1857, Allan Kardec faisait paraître Le Livre des Esprits, luvre maîtresse qui pose les principes du spiritisme, déclarant quil avait systématisé les dictées des esprits, cest en ce sens quil fut considéré comme le codificateur du spiritisme.
Louvrage est divisé en quatre grandes parties : Les causes premières ; Monde spirite ou des esprits ; Lois morales ; Espérances et consolations.
Dans le livre premier, lauteur sattache à mettre en évidence lexistence de Dieu, dune part en utilisant les réponses des esprits, puisque cest le principe même du livre, et dautres part en y ajoutant des annotations personnelles en commentaires à ces réponses. Sont intégrés dans cette partie, des chapitres sur la création, lunivers et le principe vital. On retrouvera ces thèmes à nouveau développés dans une excellente argumentation contenue dans le chapitre II de La Genèse sur lexistence de Dieu, la nature divine, la providence et les vues de Dieu.
Le livre deuxième comporte toutes les définitions et attributs de lesprit et du périsprit, indiquant les processus de lincarnation et de la réincarnation, dans la pluralité des existences et des mondes. Cette partie inclut aussi les différentes manifestations des esprits suivant leurs niveaux dévolution et linfluence quils peuvent avoir sur les humains et sur notre monde.
Le livre troisième, intitulé «Lois morales», porte sur les lois divines ou naturelles. On y retrouve tous les grands principes humanistes de la marche du progrès, dans des considérations sur les lois dégalité, de liberté, de justice, damour et de charité. Il est à relever dans cette partie du livre, dintéressantes réponses des esprits sur la peine de mort, en un temps où elle était admise et généralisée. Les réponses vont très nettement dans le sens dune abolition indispensable de la peine capitale qui marquera un progrès pour lhumanité.
Dans le Livre quatrième, les notions de peines, récompenses, épreuves ou expiations, nous paraissent aujourdhui mal adaptées dans une connotation qui pourrait faire penser à des thèmes de morale religieuse. Et pourtant, cette partie du livre consacre justement une argumentation qui vise à bien démarquer la morale spirite des notions de ciel, purgatoire et enfer du catholicisme. Bien que certains termes employés sonnent assez mal à nos oreilles aujourdhui, le fond même des propos en référence à une morale immanente et universelle, garde toute sa valeur.
Enfin, la conclusion du Livre des Esprits souligne la différence entre le spiritisme et le matérialisme. Lauteur affiche une confiance en lavenir qui verra un jour le triomphe du spiritisme sur la terre.
On trouve dans le Livre des Esprits des réponses signées de Saint-Louis, Saint- Augustin, Fénelon, Lamennais, Platon, Saint-Vincent de Paul. Dautres signatures de renom, sont à retrouver dans Le Livre des Médiums et autres ouvrages, desprits éminents qui ont participé depuis leur au-delà à lélaboration du spiritisme auprès des médiums qui sétaient mis au service dAllan Kardec.
Le Livre des Esprits, ouvrage fondamental à partir duquel est réellement né le spiritisme, a traversé un siècle et demi de notre histoire et demeure encore aujourdhui luvre spirite de référence qui interpelle de nombreux lecteurs. On a été jusquà dire que cétait la Bible du spiritisme, appellation inappropriée dans la mesure où Allan Kardec ne sest jamais prétendu le Père dune nouvelle religion, il fut surtout le transmetteur éclairé dune connaissance provenant de lautre monde et quil a mise en forme au travers dune doctrine, terme auquel nous préférons aujourdhui ceux de science et de philosophie, déjà utilisés dailleurs par Allan Kardec. Car ce qui fut à lorigine codifié sous le nom de doctrine spirite a traversé le temps, a évolué au rythme des nouvelles données de la science, sest affiné avec les découvertes de la psychologie. De ce fait, la doctrine spirite a posé les bases premières, devenant au fil des recherches et découvertes complémentaires apportées par la suite, une science et une philosophie aux conséquences morales et éthiques. Par ailleurs, le contenu sémantique du mot doctrine a probablement évolué depuis le 19e siècle, dans une connotation qui aujourdhui reste surtout religieuse, ce terme nétant plus guère employé.
Quest-ce que le Spiritisme ?
Ce livre est présenté par son auteur comme un résumé des notions les plus essentielles du spiritisme à lattention des personnes qui désirent avoir un premier aperçu dans un cadre restreint. Allan Kardec, dans son souhait de se mettre à la portée de tous, eut lart du résumé, ce quil fit aussi avec deux petits fascicules : Le spiritisme à sa plus simple expression et Caractère de la révélation spirite.
Le premier chapitre de « Quest-ce que le spiritisme ? » est conçu sous forme dentretiens, avec les réponses aux questions et objections les plus courantes. Le second chapitre, selon lauteur, est en quelque sorte un résumé du Livre des Médiums et le troisième chapitre un résumé du Livre des Esprits.
Nous nous attacherons à commenter le chapitre premier, qui reste une merveille de dialectique dans le plus pur style du maître, capable denvisager toutes les objections et dy répondre par des raisonnements incontournables et sans failles. Ses trois interlocuteurs imaginaires (mais qui paraissent si réels, parce que nous rencontrons régulièrement leurs profils), sont le critique, le sceptique et le prêtre.
Au visiteur (le critique) qui veut à tout prix assister à quelques expériences, il répond : «Mais comment pourriez-vous comprendre ces expériences, à plus forte raison en juger, si vous navez pas étudié les principes qui leur servent de base ?
». A cette réflexion suivie dune longue digression sur la nécessité de lire un livre avant de le critiquer, le visiteur rétorque : «Vous parlez de lexamen des livres en général ; croyez-vous quil soit possible à un journaliste de lire et détudier tous ceux qui lui passent par la main, surtout quand il sagit de théories nouvelles, quil lui faudrait approfondir et vérifier
?». Ce qui lui vaut cette réponse admirable : «A ce raisonnement si judicieux, je nai rien à répondre, sinon que quand on na pas le temps de faire consciencieusement une chose, on ne sen mêle pas, et quil vaut mieux nen faire quune seule bien que dix mal». Simple
mais imparable ! Ce type de question reste dune parfaite actualité car de plus en plus de personnes aujourdhui, cherchent à expérimenter sans avoir la moindre notion des réalités spirites.
Dans le deuxième entretien avec le sceptique, voilà encore une réponse que nous pouvons reprendre à notre compte : «Le spiritisme touche à toutes les branches de la philosophie, de la métaphysique, de la psychologie et de la morale ; cest un champ immense qui ne peut être parcouru en quelques heures. Il me serait matériellement impossible de répéter de vive voix et à chacun en particulier tout ce que jai écrit sur ce sujet à lusage de tout le monde. Dans une lecture sérieuse préalable, on trouvera dailleurs, la réponse à la plupart des questions qui viennent naturellement à la pensée ; elle a le double avantage déviter les répétitions inutiles, et de prouver un désir sérieux de sinstruire. Si, après cela, il reste encore des doutes ou des points obscurs, lexplication en devient plus facile, parce quon sappuie sur quelque chose, et lon ne perd pas son temps à revenir sur les principes les plus élémentaires».
Nous sommes là encore dans une configuration commune, où souvent linterlocuteur croit pouvoir tout découvrir à partir dune simple discussion, ne mesurant pas lampleur du sujet dans toutes ses implications et dans toute sa complexité.
Ensuite, il y a toute une série de questions du visiteur sceptique sur lopposition de la science au phénomène spirite ; relevons cet extrait : «Cette croyance sappuie sur le raisonnement et sur les faits. Je ne lai moi-même adoptée quaprès mûr examen. Ayant puisé dans létude des sciences exactes lhabitude des choses positives, jai sondé, scruté cette science nouvelle dans ses replis les plus cachés ; jai voulu me rendre compte de tout car je naccepte une idée que lorsque jen sais le pourquoi et le comment». Lon doit en effet à Allan Kardec la notion de science spirite, science quil faut aujourdhui classer dans les sciences humaines, par opposition aux sciences dures à caractère strictement matérialiste. Remontant des effets aux causes et partant du principe quil ny a pas deffets sans causes, et respectant les données scientifiques de son époque, Allan Kardec a fait tout au long de son uvre, la brillante démonstration de la manifestation des esprits et de la cohérence de leurs propos. Partant de faits matériels et objectifs, il démontra lexistence des esprits et à partir du dialogue avec eux, il fit la démonstration philosophique de tous les grands principes qui constituent la philosophie spirite.
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