Michel Pantin : spirite et médium

« Souvenirs et pensées éternelles » par Karine Chateigner

Michel Pantin

Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous (Paul Eluard)

Lorsque Michel croise sa destinée, il n’a que 20 ans. Je pense souvent à cette jeunesse d’alors, étonnée et respectueuse de la tâche entreprise avec cette conscience et ce sérieux, conscience et sérieux qui par la suite n’ont jamais fait défaut.

Cette suite va durer 36 années en termes de médiumnité et de spiritisme confondus. Comment cela a-t-il commencé ?

Une lune pas comme les autres

Michel nous a narrés de temps à autre le commencement de son histoire particulière. L’ayant alors enregistré, je lui donne la parole :

- « Deux garçons sont dans une voiture, ils voyagent. C’est un soir de pleine lune, ils roulent dans la campagne et tout en roulant, ils aperçoivent la lune. Pourtant cette lune, je ne la perçois pas comme d’habitude. Elle m’interpelle davantage. Les deux jeunes garçons la regardent. C’est un mois de Février, ce qui en soi n’est pas déterminant, cependant cette lune présente semble nous dire qu’il se passe quelque chose. Que nous dit cette lune ?

Elle nous dit qu’il se passe quelque chose au-delà de la mort. Je suis avec Jacques (Peccatte) dans une Ford Taunus, on se dirige vers la Normandie. La mère de Jacques est déjà décédée. Jacques ne sait pas ce que signifie la communication avec les morts, moi non plus d’ailleurs, mais il a une notion de la spiritualité qu’il exprime et me fait comprendre au cours de ce voyage particulier. A ce moment de la discussion, je lui répondis : « Jacques, il est en train de nous arriver quelque chose d’important. La lune est pleine, belle, forte, magnifique et ce soir il se passe quelque chose. »

A prime abord cela peut sembler puéril ou anodin mais en fait c’est vrai et nous ne le savons pas encore. On se regarde se disant : « Qu’est-ce qui peut bien nous arriver d’important ? »

Mais quelques heures plus tard débute ma première séance de spiritisme, réalisée avec cette seule boite d’allumettes trouée en son extrémité.

Cette première expérience se déroule dans la maison de mes parents en compagnie de ma mère et de ma sœur. Elle fait suite à une discussion avec ma sœur qui a entendu parler de ces expériences entreprises par plusieurs de ses élèves ; elle est enseignante. »

Il est vrai qu’en cette narration, rien d’exceptionnel ne se remarque. Peut être cette lune et l’intuition de son message, ressenti alors par Michel.

Cette première séance n’apporte pas d’éléments déterminants quant à la certitude de la possible manifestation des esprits, cependant elle génère un trouble et des questionnements. C’est pourquoi à l’issue du week-end, lorsque Michel et Jacques reprennent le chemin de l’école (ils sont pions à Montfort l’Amaury), non seulement la discussion reprend bon train, mais dès leur arrivée, l’expérience est à nouveau tentée et concluante. C’est ainsi que quelques jours plus tard, nos deux jeunes, répondirent à l’invitation formulée par la boite d’allumettes et plus précisément par Allan Kardec et se rendirent au Père Lachaise, découvrant alors son dolmen et l’épitaphe inscrite sur la pierre.

Est-ce toujours exceptionnel ? Cela présage t-il de la suite de l’aventure ?

Non car même si cette invitation semble démontrer la manifestation de son auteur, cela aurait pu simplement flatter nos jeunes normands et les entrainer sur des expériences renouvelées, sans y apporter l’approfondissement et l’étude parallèles.

Cet approfondissement, cette étude sont vite comblés par la lecture des ouvrages de ce même Allan Kardec. Ainsi moins démunis devant l’inconnu, l’aventure se poursuit et l’histoire d’un groupe, d’un cercle qui quelques années plus tard, prendra pour nom Cercle Allan Kardec se construit.

Cependant et selon sa définition, afin que le spiritisme se vive et s’expérimente, il est l’indispensable besoin d’un médium. Il est vite remarqué que la dextérité de cette petite boite d’allumettes devenue intelligente, est due à une impulsion, une énergie inhérente à Michel. C’est donc lui le médium, l’outil nécessaire à ce possible échange.

De 1974 à 1976 se succèdent de nombreuses séances et par conséquent se manifestent de nombreux esprits, des proches mais aussi des personnages inattendus, plus ou moins connus en leurs parcours terrestre, des esprits qui vont plus ou moins bien en leur nouvelle condition. L’au-delà se dévoile, se révèle et le spiritisme se vit

Puis des circonstances répondant à la phrase de Paul Eluard «  Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » amenèrent Michel et Jacques en Lorraine, non loin de Nancy (voir pour les débuts de l’histoire du cercle le livre de Jacques Peccatte «  A la rencontre des esprits »)

En 1977 naquit officiellement l’association Cercle Allan Kardec à Nancy et c’est en 1982 que j’y adhère, rencontrant simultanément Michel et Jacques ; deux hommes que je n’ai jamais quittés pas plus que l’idée défendue qui est devenue mienne.

A cette époque, en rencontrant Michel, je converse avec un jeune homme de 28 ans.

Sur le sujet de l’objet de notre premier entretien, la communication avec les morts, Michel répond alors à toutes mes questions avec sagesse et connaissance, mais aussi avec gravité. Ces 8 années passées à la découverte des esprits lui ont fait découvrir le chemin de l’étude, du raisonnement et de la logique et déjà, sans le verbaliser par souci pédagogique, il en connait les perspectives d’avenir.

Sa médiumnité, il la découvre en devenant spirite, prêtant cette sensibilité aux nombreux esprits qui vont s’en servir, portant le fruit de cette connaissance à tous.

Je lui donne à nouveau la parole, lors d’une interview en 1986, à cette date, cela fait 12 années qu’il s’intéresse aux affaires de l’autre monde. La question posée est la suivante :

- Avez-vous eu des prédispositions dans l’enfance par rapport à votre médiumnité ?

- « Je ne pourrai pas dire qu’il y ait eu une prédisposition dans l’enfance ou dans l’adolescence. Ma venue et ma rencontre avec le spiritisme correspondent à une recherche intellectuelle. Plusieurs insatisfactions m’ont conduit à cette recherche intellectuelle. La religion m’avait déçu et j’ai connu une période athée assez longue, puis j’ai eu un engagement politique qui d’ailleurs correspondait à cet athéisme et j’ai également été déçu. De ces déceptions est née une nouvelle recherche. Je pense que ces déceptions par rapport à la religion et à la politique cachaient quand même et malgré tout une quête d’absolu.

Et puis le hasard de la vie, encore que le hasard n’existe pas pour moi, a fait que des rencontres ont entrainé ma curiosité à aller un peu plus loin. J’ai alors assisté à des expériences du genre « oui-ja », ce qui rapidement m’a surtout amené à lire. Et j’ai découvert l’auteur essentiel du spiritisme : Allan Kardec. En lisant ses ouvrages, j’ai simultanément découvert une logique, un raisonnement plus que satisfaisants et par ce constat, j’ai encore eu le désir d’aller plus loin. Je me suis rendu compte qu’il ne fallait pas se limiter à de petites expériences entre amis comme retourner un verre, découper les lettres de l’alphabet, appeler son grand-père ou sa grand-mère, faire des plaisanteries du genre «  donne-moi les numéros du tiercé ou du loto. Je le dis car cela se pratique beaucoup. Les lectures m’ont fait comprendre que le spiritisme était beaucoup plus intéressant et cette recherche est devenue pour moi une véritable passion. Médium, sans doute je l’étais mais rien ne me l’avait laissé supposer, ce n’est qu’à partir de ma recherche et de ma rencontre avec le spiritisme que je le fus et plus précisément que je le devins. Cela fait à ce jour 12 ans, ma médiumnité s’est développée et continue de se développer. »

Son rôle ne fut cependant pas simple car si la philosophie et la science spirite offertes à sa réflexion par la lecture et l’expérimentation le passionnent et le comblent, être simultanément l’instrument nécessaire, indispensable à la manifestation de ce monde parallèle n’est pas chose aisée.

Qui plus est, il s’avère très rapidement que Michel présente des facultés plurielles. Le oui-ja conventionnel fit place à la boite d’allumettes, puis l’écriture automatique devint le moyen de recevoir des messages plus approfondis. A cela s’ajouta, par la volonté d’Allan Kardec et grâce à la sensibilité de Michel une forte médiumnité à incorporation. A la fois médium à effets physiques et médium à manifestations dites intelligentes ou instructives, à l’intérieur desquelles j’inclus la manifestation du mal et de la souffrance, ses facultés médiumniques ont servi et alimenté la cause spirite durant tout son parcours. Le sentiment, la richesse, la beauté, la force contenues en ces manifestations post mortem demeurent intemporelles, comme l’esprit de Michel d’ailleurs, qui depuis deux ans, au-delà de son temps terrestre conjugue à tous les temps le verbe vivre, pour simplement continuer d’être, de donner et d’aimer.

Que pourrai-je rajouter de différent ou plus exactement de complémentaire à la présentation et au portrait de Michel établis par Jacques ?

Peut-être ce rapport particulier et intense que je connus à ses côtés durant 30 années. Cette particularité et cette intensité correspondent à n’en pas douter à notre parcours commun à titre de médiums. Cependant Michel ne dissociait pas la médiumnité du spiritisme, ces deux aspects étant étroitement liés. Et de surcroit, il savait y adjoindre l’humanisme, indispensable à la condition humaine. Erudit en ce domaine, il aimait ouvrir les consciences et leur faire découvrir et réfléchir l’histoire : c’est-à-dire le passé, le présent et l’avenir à construire à partir de la synthèse établie.

Pour être devenue médium au fil des mois et des années, pour avoir vécu et reçu autant les hommes que les esprits, pour avoir travaillé sans relâche en notre groupe auprès de Michel, ma sensibilité s’est accrue et incontestablement, en cette tâche commune, l’ai-je mieux compris que quiconque et inversement Nous vivions les mêmes choses, nous ressentions les mêmes choses, nous devinions les mêmes choses. Nos angoisses et nos appréhensions étaient partagées en toutes circonstances. L’un était le miroir de l’autre et dans ce face à face de deux âmes transparentes, c’est un profond amour qui se dégageait. Un amour qui ne s’est pas dissous, évaporé dans les éthers de sa nouvelle condition. La séparation, cette absence soudaine, révèle en un premier temps une présence, la présence de la douleur, qui au fils des semaines et des mois s’estompe et disparait car si l’homme de ma peine, devenu esprit vit quant à lui sa liberté et son bonheur dans l’action, la tristesse trouve alors sa métamorphose et devient certitude et joie.

Certitude d’un futur astral où Dieu réunit ceux qui s’aiment, joie dans les souvenirs toujours vivants et vibrants de celui qui n’est pas parti ; il est simplement devenu invisible.