La Question de Dieu

Les interrogations fondamentales

La philosophie spirite repose sur des principes essentiels qui furent développés par Allan Kardec comme la réincarnation, la pluralité des mondes, le double éthérique, la communication avec les esprits, et parmi ces principes il en est un qui dépasse tous les autres et qui nous dépasse nous-mêmes, c’est celui de Dieu, principe premier dont découlent tous les autres. C’est ainsi que l’on parle de lois naturelles, de lois universelles, comme par exemple celle de d’évolution palingénésique, lois qui entrent dans les desseins du créateur. Par la communication spirite, Allan Kardec avait su déchiffrer ces lois puis les réfléchir pour en tirer des lois morales et éthiques, mais il n’avait pas pour autant prétendu définir les causes premières. Dieu étant indéfinissable, Allan Kardec s’était attaché à retrouver le sens divin dans l’harmonie de la vie, et ce, à la lumière des messages de l’au-delà. On retrouve d’autres approches ou raisonnements chez les philosophes, parmi lesquels nous pouvons évoquer Pierre Teilhard de Chardin, qui au travers de ses fonctions de prêtre, anthropologue et philosophe, avait si bien su magnifier Dieu dans un sentiment d’universalité et dans sa foi.

Malgré les philosophes et malgré l’apport spirite, il demeure chez de nombreux humains une insatisfaction faite d’incompréhensions ou de refus qui se traduisent ainsi : pourquoi Dieu a-t-il voulu tout cela ? Pourquoi faut-il passer par les phases de l’infériorité ? Pourquoi la souffrance ? Pourquoi Dieu ne nous a-t-il pas créés parfaits pour nous éviter toutes ces misères ? En résumé, pourquoi les choses sont-elles ce qu’elles sont ? Nous constatons dans ces interrogations, une certaine révolte contre le créateur et contre ses desseins, parce que l’humain n’est pas toujours prêt à admettre ce qui dépasse ses propres critères, préférant parfois, sur le ton de la dérision, dire que Dieu a dû se tromper quelque part. Ayons simplement l’humilité d’admettre que nous ne sommes pas en mesure de tout comprendre, ce en quoi nous devons reconnaître notre manque d’évolution. Mais admettons aussi que l’incompréhension était encore plus grande dans une approche religieuse : un Dieu qui laisserait la seule alternative du ciel et de l’enfer au moment du jugement dernier (c’est encore la conception officielle de l’Eglise), voila bien une idée qui ne peut pas satisfaire le bon sens ni la notion d’un Dieu infiniment bon. Et c’est d’ailleurs cette idée religieuse qui a été pour beaucoup dans le développement de l’athéisme, la seule notion proposée d’un Dieu vengeur et justicier ne faisant que se calquer sur des conceptions d’une justice humaine, ne pouvait qu’entraîner au développement du matérialisme philosophique.

Dieu est infini

Avec la naissance du spiritisme, la notion de divin a retrouvé une logique, une cohérence, que nous devons à Allan Kardec, qui avait réuni tous les éléments spirites pour démontrer l’existence de Dieu au travers de ses œuvres et des lois universelles qui résultent de son existence, ce qu’il a développé dans « Le Livre des Esprits » et « La Genèse selon le Spiritisme ».

Dans le premier chapitre du « Livre des Esprits » intitulé Les causes premières, Allan Kardec aborde trois grands sujets qui seront l’essentiel de sa démonstration, « Dieu et l’infini, preuves de l’existence de Dieu, attributs de la divinité ». C’est bien entendu grâce aux réponses des esprits qu’il a pu diriger toute son argumentation, donnant à la notion de divin toute sa cohérence, bien loin des conceptions religieuses.

Reprenons les premières lignes du « Livre des Esprits » : « Dieu est l’intelligence suprême, cause première de toutes choses ». A la question : pourrait-on dire que Dieu c’est l’infini ? Il est répondu « Définition incomplète. Pauvreté de la langue des hommes qui est insuffisante pour définir les choses qui sont au-dessus de son intelligence ».

Nous avons déjà dans cette première définition la notion éminemment spirite d’infini, notion qui s’oppose à la plupart des thèses religieuses ou scientifiques.

En religion, Dieu est essentiellement relié à la Terre, c’est en quelque sorte le grand patron de notre planète, qui incarné en Jésus selon l’Eglise, a été réduit à des représentations anthropomorphiques, c’est-à-dire qu’on en a fait une sorte de grand-père de l’humanité, un être à l’image de l’humain ; on est donc bien loin d’un Univers infini avec ce Dieu uniquement préoccupé de la destinée des Terriens. Dans une autre logique, celle de la pluralité infinie des mondes habités, l’infini divin prend une tout autre dimension.

Cette notion d’infini s’oppose également à la science, car même avec les plus récentes découvertes en astronomie, la tendance actuelle demeure l’idée d’un Univers fini. Dans la théorie du big-bang, il s’agit bien de poser des limites à un Univers, certes incommensurable, mais malgré tout circonscrit dans le temps et dans l’espace : né de rien il y a quelques milliards d’années, l’Univers est en perpétuelle expansion pour être probablement voué à une phase future de résorption. Selon cette thèse, demeure l’inconcevable idée des limites au-delà desquelles il n’y aurait plus rien.

Cela dit, que l’Univers soit fini ou infini, dans les deux cas notre intelligence humaine ne peut guère appréhender de tels concepts plongeant dans un abîme de réflexion qui donne le vertige. Toujours est-il que selon les propos des esprits d’hier comme d’aujourd’hui, l’Univers relève bien d’un infini qui n’a ni commencement ni fin.

Preuves de l’existence de Dieu

Se référant aux réponses des esprits, Allan Kardec proposait le postulat suivant : « il n’y a pas d’effet sans cause ». Et il ajoutait : « Douter de l’existence de Dieu serait nier que tout effet a une cause. On juge la puissance d’une intelligence par ses œuvres ; nul être humain ne pouvant créer ce que produit la nature, la cause première est donc une intelligence supérieure à l’humanité ».

La grande démonstration d’Allan Kardec repose sur l’idée selon laquelle tout ce qui est, ne peut pas être le fruit du hasard, mais a nécessairement une cause. Tout ce qui existe est le résultat d’une volonté intelligente, c’est donc un effet, et il ajoute que « la grandeur de l’effet est en raison de la grandeur de la cause ». La grandeur de l’effet, c’est l’organisation de la vie où tout est harmonieux, qu’il s’agisse du corps humain, du corps animal, du végétal, du minéral ; il y a en tout des combinaisons moléculaires et cellulaires de grande stabilité. Qu’est-ce qui donne cette stabilité et pourquoi pas le chaos ? Il s’agit donc d’un effet que l’on constate dans l’organisation de la vie sous toutes ses formes ; cette vie qui s’est développée progressivement sur Terre résulte nécessairement d’une énergie organisatrice ; Allan Kardec parlait du fluide universel mis en mouvement par un principe vital, ce qui nous fait remonter à la cause première, à la source, c’est-à-dire à Dieu.

Dans un raisonnement contraire il faudrait admettre que tout s’organise par coïncidences additionnées, en fonction des lois du hasard, selon lesquelles il n’y aurait pas la moindre chance (en statistiques on dit une chance sur plusieurs milliards), que la vie ait pu éclore et s’organiser. Les théories matérialistes qui se fondent sur le hasard et la nécessité, indiquent que l’esprit naît de la matière et disparaît avec elle, mais cela n’explique rien, car on inverse la cause et l’effet. Comment expliquer que la matière puisse produire de l’esprit s’il n’y a pas à la source un principe intelligent ?

Les attributs de la divinité

« L’existence de Dieu étant constatée par le fait de ses œuvres, on arrive par simple déduction logique, à déterminer les attributs qui le caractérisent. »

Empruntant certains qualificatifs au Christianisme, Allan Kardec montre en quoi Dieu doit nécessairement correspondre à des qualités, qu’il appelle les attributs de Dieu :

Suprême et souveraine intelligence : l’intelligence humaine est bornée, celle de Dieu est nécessairement infinie, sinon il y aurait au-delà de lui, un être encore plus intelligent.

Dieu est éternel : il n’a ni commencement ni fin. S’il y avait eu un commencement, c’est que Dieu serait sorti du néant ; mais du néant, de rien, ne peut pas naître quelque chose. Ou alors Dieu aurait été créé par un autre être antérieur, et c’est cet être qui serait Dieu.

Dieu est immuable : s’il était sujet à des changements, les lois qui régissent l’Univers n’auraient aucune stabilité. C’est là un point très important, vérifié par l’astronomie moderne : le système solaire a un fonctionnement régulier connu, lui-même est en mouvement par rapport aux autres systèmes, dans l’harmonie de la galaxie, qui, elle-même, s’harmonise dans un mouvement par rapport aux autres galaxies. De l’infiniment grand à l’infiniment petit, de l’atome aux galaxies, tout est construction harmonieuse selon des lois bien précises qui régissent l’Univers et qui sont immuables. Dieu est donc immuable de par la stabilité de l’Univers.

Dieu est immatériel : Dieu est esprit plus que matière, c’est-à-dire qu’il représente l’élan vital de la création, l’élan vital qui va mettre la matière en mouvement. De la même manière que notre esprit maintient la stabilité de notre corps physique grâce au périsprit, Dieu représente l’élément spirituel dans sa totalité qui maintient la stabilité de l’Univers. Nous sommes les esprits. Dieu est l’Esprit.

Dieu est tout puissant : l’Univers nous démontre la toute puissance de l’infinie création.

Dieu est souverainement juste et bon : « La sagesse providentielle des lois divines se révèle dans les plus petites choses comme dans les plus grandes, et cette sagesse ne permet de douter ni de sa justice ni de sa bonté. Dieu ne saurait être à la fois bon et mauvais, car il cesserait alors d’être Dieu, toutes choses seraient soumises au caprice et il n’y aurait de stabilité pour rien. » Et comme ses œuvres témoignent de sa sagesse, Dieu ne peut être qu’infiniment bon.

La souveraine bonté implique la souveraine justice ; car si Dieu agissait injustement ou avec partialité, dans une seule circonstance, ou à l’égard d’une seule de ses créatures, il ne serait pas souverainement juste, et par conséquent ne serait pas souverainement bon. »

Dieu est infiniment parfait :
En considérant la vie et l’Univers, on ne peut y voir que la perfection, selon l’harmonie et la stabilité des choses.

Dieu est unique :
S’il y avait plusieurs Dieux, l’un pourrait être inférieur à l’autre et ne serait plus Dieu. Et s’il y avait entre eux une égalité absolue, ils se confondraient alors dans la même identité, ce ne serait en réalité qu’un seul Dieu.

 

Les sources du bien et le mal

Le mal n’est pas l’attribution d’une puissance particulière représentée en religion par Satan, qui participerait à l’ordre de l’Univers, sinon ce serait le désordre et le chaos. Le mal n’est que le reflet de l’infériorité humaine parce que Dieu nous a créés simples et ignorants. Il y a dans les desseins de Dieu l’idée d’une évolution progressive des êtres qui partant de rien deviendront des êtres accomplis au travers de la réincarnation.

Les véritables sources du mal sont dans l’être humain qui se cherche. On peut même aller jusqu’à dire que le mal en soi n’existe pas, mais qu’il est simplement l’absence de bien. Les sources du mal sont l’égoïsme et l’orgueil parce que l’humain dans son infériorité n’a pas encore compris le sens de sa nature divine. Il cherche à affirmer sa personnalité encore confuse, dans la confrontation, dans le conflit, dans l’acquisition des biens matériels. Le besoin de reconnaissance et d’affirmation de soi passe souvent par le mépris de l’autre dans un complexe de supériorité.

Ainsi, la vie ou plus exactement les vies successives, c’est l’apprentissage du bien, de l’amour, donc de la reconnaissance de l’autre. Dans les premières phases de l’évolution, l’esprit se découvre lui-même et cherche à affirmer son existence ; ensuite il doit apprendre à découvrir les autres en se débarrassant progressivement de son égocentrisme. L’esprit inférieur est en fait très nombriliste et dans sa recherche d’affirmation de soi, il peut aller jusqu’à se prendre pour Dieu, se prendre pour le maître du monde, ce que nous voyons régulièrement chez les tyrans de toute nature. Cela se traduit par le désir de puissance, par le besoin d’être reconnu comme le plus grand, ce qui entraîne invariablement à la barbarie, au mal, parce que le puissant n’a conscience que de lui-même dans une totale ignorance de son prochain et dans l’absence du moindre sentiment d’humanité.

Nous devons donc nous résoudre à accepter ces phases inférieures de l’évolution ; n’oublions pas que nous avons tous été des esprits inférieurs en intelligence et en sentiment, et à des degré divers, nous avons tous connu les stades de la bassesse et de d’immoralité. Puisque ces stades primaires existent, c’est qu’ils font partie des desseins de Dieu, qui en nous créant, nous a fait le cadeau de la liberté, ce qu’Allan Kardec appelait le libre arbitre.

Mais dans les desseins divins, existe aussi la notion de solidarité : cela se traduit par une cohabitation, sur Terre par exemple, entre des esprits inférieurs et des esprits plus évolués. Les esprits incarnés les plus conscients sont là pour faire avancer les plus attardés et pour lutter contre le mal. Et n’est-il pas meilleur exemple que celui de Jésus, dont on dit qu’il fut l’envoyé de Dieu, et qui en fait s’est volontairement confronté au mal en tant qu’esprit supérieur. Cela fait partie de la solidarité humaine, parce que les esprits les plus primaires ont besoin d’être aidés et que le mal doit être vaincu avec l’aide de tous les esprits de bonne volonté. On peut donc considérer que dans les desseins de Dieu, il nous faut intégrer la notion de lutte, de combat contre le mal, c’est dans cette perspective qu’il faut envisager une évolution non pas individuelle mais solidaire. On n’évolue pas seul, mais avec l’aide de ceux qui nous sont supérieurs (nos guides par exemple) et en aidant ceux qui ont besoin de nous.

Communiquer avec Dieu

Allan Kardec soulignait le fait que Dieu ne peut pas être appréhendé de façon directe, mais qu’on peut le découvrir dans ses œuvres et dans ses attributions. Certaines formes de mystique religieuse ou d’ésotérisme essaient d’aller plus loin dans la compréhension du divin, mais le risque est grand de diminuer l’incommensurable, risque de recréer un être fini avec ses limites, devenant une sorte de personnage à dimension humaine. N’est-il pas plus sage de reconnaître nos limites, de reconnaître avec humilité que Dieu dépasse nos petites consciences, tout en se disant que nous marchons progressivement vers son absolu. Allan Kardec avait eu la sagesse et l’intelligence de replacer Dieu dans sa perfection amoureuse et infinie. C’était une preuve d’humilité de sa part : essayer non pas de connaître Dieu mais de le reconnaître dans sa création et dans ses attributions, mais surtout pas de le diminuer pour en faire un personnage, ce qu’avaient fait les religions. D’où la question qui fut posée aux esprits par Allan. Kardec : « faut-il dire qu’est-ce que Dieu ou qui est Dieu »? Nous avons, nous aussi posé cette question aux esprits et dans les deux cas la réponse fut : « Qu’est-ce que Dieu »?

Cela dit, la communication avec Dieu n’est pas une impossibilité dans la mesure où nous sommes issus de Dieu, nous faisons partie intégrante de Dieu. Dans l’intimité de notre conscience, notre sentiment peut établir une relation à la conscience universelle, à la création, à la beauté, à l’amour infini, à la vie. Dieu s’est distingué de nous en nous créant libres et perfectibles, ce qui ne veut pas dire pour autant que Dieu nous deviendrait totalement étranger et inaccessible. L’esprit de Teilhard de Chardin exprime cette relation en ces termes :

« (…) Dieu, si souvent mal défini et incompréhensible à la réflexion des hommes, à l’imaginaire humain, est une force cependant vraie et vivante qui dépasse les sens habituels de vos natures incarnées. Dieu notre Père existe, immuable, éternel, omniprésent, omnipotent. Il existe dans vos consciences, vos cœurs, vos réflexions et vos intelligences. Il existe dans toute nature animée ou inanimée. Il existe dans tous les regards, toutes les observations, où vous retrouvez la présence de la force transcendante divine, toujours là où cette force est peut-être la plus inattendue pour la réflexion des hommes.

Il existe pour chacun d’entre vous une relation intime avec le Père. Il ne faut pas avoir honte de cette intimité, de cette relation particulière entre vous et le Père. Qui n’a pas dans la douleur, dans le malheur, dans la demande, prié Dieu ?

Dieu pulse et crée sans cesse dans la perpétuité, des âmes vivantes, des âmes nouvelles, dans les univers éternels et au-delà de toute dimension, et simultanément ce même Dieu connaît chacun d’entre vous, chacun d’entre nous. C’est pourquoi vous êtes invités à le prier, à l’appeler. »

Jacques Peccatte
Le Journal Spirite n° 59